Litige avec son assureur : la médiation gratuite donne raison à l’assuré une fois sur deux

Toiture arrachée par les tempêtes d’octobre, cave inondée, voiture déclarée économiquement irréparable : l’automne est la saison des sinistres, et donc des désaccords avec l’assureur. Quand l’indemnité proposée paraît trop basse ou qu’un refus tombe, un recours gratuit existe avant le tribunal : la Médiation de l’Assurance. Elle n’a jamais été autant sollicitée, et ses délais s’en ressentent. Voici comment l’utiliser à bon escient, chiffres officiels à l’appui.

Un « choc de saisines » sans précédent #

Selon le communiqué de presse publié le 2 septembre 2026 avec son rapport annuel, la Médiation de l’Assurance (LMA) a reçu 46 830 saisines en 2025, soit 28 % de plus qu’en 2024. Le mouvement s’est encore accéléré depuis : 60 000 saisines sur les douze derniers mois, contre seulement 15 000 en 2020.

Tous les contrats ne sont pas touchés de la même façon. Toujours d’après ce communiqué, les saisines ont progressé sur un an de 81 % en assurance automobile, de 48 % en assurance habitation, de 77 % en assurance emprunteur et de 97 % en complémentaire santé.

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Le médiateur avance plusieurs explications : la saisine est gratuite et se fait en ligne dans 75 % des cas, de plus en plus d’assurés rédigent leur réclamation avec des outils d’intelligence artificielle, le pouvoir d’achat reste la première préoccupation des ménages, et certains services réclamation des assureurs sont jugés insuffisants. Le médiateur Arnaud Chneiweiss a détaillé ces causes à l’AFP, dans une dépêche reprise par Notre Temps.

Plus d’un dossier sur deux tranché en faveur de l’assuré #

Le chiffre qui intéresse les assurés : en 2025, ils ont obtenu satisfaction, en tout ou partie, dans 55 % des cas. La Médiation a résolu 14 220 litiges dans l’année, 40 % de plus qu’en 2024.

Ce taux s’explique en partie par une attitude nouvelle des compagnies. Dans 36 % des dossiers recevables, l’assureur fait une proposition amiable peu après avoir appris la saisine, le plus souvent en prenant finalement le sinistre en charge. Autrement dit, le simple fait de saisir le médiateur suffit parfois à débloquer un dossier.

Le communiqué souligne aussi qu’aucun assureur ne refuse d’entrer en médiation et que les positions du médiateur sont suivies dans plus de 99 % des cas. Sa proposition ne s’impose pourtant à personne : l’assuré qui n’est pas d’accord garde la possibilité d’aller en justice.

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Attention au taux de recevabilité

Ces 55 % ne portent que sur les dossiers examinés. Or, d’après les chiffres repris par l’AFP, seules 20 846 saisines étaient recevables en 2025, soit moins d’une sur deux. Un dossier mal préparé n’est donc même pas étudié sur le fond.

Les conditions à remplir avant de saisir le médiateur #

La médiation n’est pas un premier recours. Il faut d’abord adresser une réclamation écrite à son assureur, ou à l’intermédiaire qui a vendu le contrat, et conserver la preuve de cet envoi. Comme le rappelle Selectra dans un article du 2 novembre, le médiateur peut être saisi une fois la procédure de réclamation de l’assureur terminée, ou au plus tard deux mois après la première réclamation écrite restée sans réponse.

Le Code de la consommation fixe ensuite des limites. Son article L612-2, rappelé par TF1 Info, prévoit qu’un litige ne peut pas être examiné si la demande est manifestement infondée ou abusive, s’il a déjà été examiné par un autre médiateur ou par un tribunal, ou si le consommateur saisit le médiateur plus d’un an après sa réclamation écrite auprès du professionnel.

Il faut enfin vérifier que son assureur adhère bien à la Médiation de l’Assurance, ce qui est le cas de la très grande majorité des compagnies. Certains organismes, comme les mutuelles relevant du Code de la mutualité ou les institutions de prévoyance, disposent de leur propre médiateur, dont les coordonnées figurent dans le contrat.

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Le dossier à constituer

Un dossier recevable tient en quelques pièces : un résumé clair du litige avec vos coordonnées, le nom de l’assureur et le type de contrat, ce que vous demandez précisément, la copie de votre réclamation écrite et la réponse de l’assureur s’il y en a une, les conditions générales et particulières du contrat, ainsi que les justificatifs utiles (devis, factures, rapport d’expert, photos).

Le plus efficace est de rattacher votre demande à une clause précise du contrat. Un médiateur ne tranche pas sur un sentiment d’injustice, mais sur l’application des garanties souscrites et sur la manière dont l’assureur a traité le dossier.

Sept mois d’attente en moyenne #

La contrepartie de l’afflux de dossiers, c’est le délai. En 2025, la Médiation de l’Assurance a répondu en un peu plus de sept mois en moyenne, selon son communiqué. Les dossiers les plus simples, soit 36 % des cas, ont reçu une réponse en moins de trois mois.

Pour un sinistre lié aux tempêtes ou aux inondations de cet automne, le calendrier est donc à anticiper. Une réclamation envoyée en novembre peut ouvrir la voie à une saisine début 2027, et à une réponse plusieurs mois plus tard. D’où l’intérêt de ne pas laisser traîner la première étape : écrire à l’assureur par courrier recommandé ou par un canal qui laisse une trace datée, puis noter la date de départ des deux mois.

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Ce que la médiation ne remplace pas #

La médiation reste un outil de conciliation, pas une procédure judiciaire, et la proposition du médiateur peut différer de ce que déciderait un juge. Pour un sinistre important, l’avis d’un expert d’assuré ou d’un professionnel du droit peut compléter la démarche.

Le médiateur profite aussi de son rapport pour pointer des pratiques à améliorer. En 2026, il insiste sur la lisibilité des contrats, en particulier des complémentaires santé, et sur les définitions trop restrictives de termes comme « accident ». Une raison de plus pour relire ses conditions générales avant le prochain sinistre, et pas seulement après.

En pratique, avant de vous lancer, posez-vous trois questions : ai-je bien écrit à mon assureur et gardé la preuve ? Le délai de deux mois ou la réponse définitive sont-ils acquis ? Ma demande repose-t-elle sur une garantie précise de mon contrat ? Si la réponse est oui aux trois, le recours est gratuit, et il aboutit plus d’une fois sur deux.

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